Interview avec Alloysius Attah, le PDG de Farmerline

Farmerline est une application qui permet aux agriculteurs ghanéens de voir grand. Grâce à cette application, le quotidien des agriculteurs a changé et permet à leurs entreprises de devenir rentable. Interview avec Alloysius Attah, le PDG de Farmerline.

Interview réalisé par Jules Hervé Yimeumi | Crédit : Farmerline | interview en anglais

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?
Je suis Alloysius Attah, co-fondateur et PDG de Farmerline, une entreprise sociale qui s'efforce de transformer des millions d'agriculteurs en entrepreneurs prospères. Je suis titulaire d'un bachelor en gestion des ressources naturelles de l'Université des Sciences et de la Technologie Kwame Nkrumah, au Ghana. Chez Farmerline, je dirige la stratégie et la vision globale de l'entreprise. Je concentre également mes efforts sur le développement des affaires et la conception des produits, une responsabilité qui m'a permis de recevoir de nombreux prix, dont le « Echoing Green Global Fellowship » en 2014 et le « Cordes Fellowship » en 2015.

Pouvez-vous nous présenter l'application Farmerline ?
Notre plateforme logicielle propriétaire, « Mergdata », nous permet de collecter et de diffuser des informations auprès des agriculteurs grâce à une technologie mobile adaptée aux messages vocaux, aux langues locales et aux données hors ligne.



Grâce à cette plateforme, nous transmettons aux agriculteurs de bonnes pratiques agricoles, des rapports météorologiques et des systèmes d'informations sur les marchés dans neuf cultures dans leurs langues locales à l'aide de la voix. « Mergdata » propose également une collecte de données, permettant aux acteurs de la chaîne de valeur d'enquêter et de faire connaître les agriculteurs, de mapper les parcelles agricoles, de gérer les chaînes d'approvisionnement avec le suivi des stocks et le catalogage, et de payer les utilisateurs via le « mobile money ». Ces outils de diffusion et de collecte fournissent un soutien à tous les niveaux de l'infrastructure agricole en Afrique de l'Ouest.

À moyen terme, nous aspirons à être «Amazon pour les agriculteurs»: un marché hors ligne et en ligne dans le Ghana rural et sur le téléphone mobile où les agriculteurs peuvent accéder rapidement aux produits, aux services et aux entreprises sur l'ensemble de l'écosystème agricole grâce à nos applications mobiles propriétaires et les agents de terrain.

Nos objectifs à long terme sont d'inspirer une Afrique qui ne dépend pas de l'aide internationale, et un marché à terme mené par des échanges où il y a moins de personnes au bas de la pyramide. La jeunesse a un rôle majeur à jouer dans la réalisation de ce nouveau système économique, et nous voulons que le travail de Farmerline inspire la jeune génération à prendre en charge et à créer des entreprises durables de bas en haut. Notre objectif en tant que pionnier est d'améliorer les revenus pour des millions de petits agriculteurs et, dans la même lancée, de construire la société de technologie la plus en vue sur le continent africain.

Quelle est votre cible ?
Nous souhaitons atteindre un million d'agriculteurs d'ici 2020, ceci inclut tous ceux que nous nous efforçons d'encourager afin d’améliorer leur qualité de vie, d'améliorer leur rendement, d'augmenter leurs revenus et de créer des changements globaux.

Comment vous est venue l'idée de créer cette application ?
À cinq ans, j’ai dû emménager chez ma tante, une petite fermière vivant en zone rurale au Ghana. Durant cette période, j'ai été confronté aux difficultés auxquels les petits agriculteurs font face aussi bien pour la production de denrées commerciales que pour soutenir leurs familles. Après avoir terminé l'université, j’étais déterminé à apporter mon soutien à tous les petits agriculteurs qui m'ont soutenu durant mes études. Cette motivation à « rendre la pareille » m’a conduit en 2013, avec Emmanuel Owusu-Addai's, à la création de Farmerline Ltd. Ma dévotion pour cette entreprise est ce qui me permet de continuer à encourager les petits agriculteurs, à l’instar de ma tante, qui sont confrontés aux mêmes défis, difficultés à travers l’Afrique.

Les agriculteurs arrivent t-ils facilement à travailler avec l'application ?
Nos agriculteurs ne travaillent pas directement avec l’application. Ils bénéficient des services offerts par notre plateforme Mergdata. Cela nous permet de partager des informations avec les agriculteurs, de manière accessible, en grande quantité, en mode voix ou SMS, et dans n'importe quelle langue locale en fonction de leur connexion, de l'alphabétisation et de la langue de l'agriculteur. Cela permet de briser les barrières existantes en matière de langues et de communication.

Pensez-vous que les agriculteurs peuvent optimiser leur production grâce aux nouvelles technologies ?
Oui, nous croyons vraiment que les nouvelles technologies peuvent aider les agriculteurs à renforcer leurs marges bénéficiaires, à les aider à fonctionner plus efficacement et avec beaucoup plus de facilité qu’auparavant.

Qu'en est-il de l'utilisation des drones dans l'agriculture en Afrique ?
Avec la population mondiale prévue pour atteindre 8,1 milliards en 2025 (avec la majorité de la croissance dans les pays en développement et plus de la moitié en Afrique), il y a une plus grande demande en ressources alimentaires. Selon un rapport de Harvard Business Review en 2016, cette demande de ressources alimentaire devrait augmenter environ de 59% à 98% d'ici 2050. Afin de répondre aux besoins en produits alimentaires de la population mondiale qui s’en va grandissante, les agriculteurs du monde entier doivent trouver des moyens d'améliorer les pratiques et les processus agricoles actuels afin qu'ils puissent produire plus de nourriture, augmenter leur productivité et faire de la durabilité une priorité. Pendant que d'autres régions observent déjà une forte tendance à l'évolution rapide des technologies telles que les véhicules aériens sans équipage (Unmanned Aerial Vehicles-UAS) (plus connus sous le nom de Drones), pour atteindre cet objectif de forte productivité et de pérennité, l'Afrique a déjà un important retard. Mais chez Farmerline, nous voulons changer cette tendance. Notre associé de développement logiciel, Pascal ADOMAKO a participé à une formation pratique et intensive des UAS à Paris, en France, et explore actuellement et expérimente les moyens de tirer le meilleur profit de la terre des cultures et des ressources en Afrique. Nous sommes convaincus qu'à la fin de ce processus, nous serons en mesure d’indiquer aux agriculteurs comment utiliser les drones afin de leur fournir des données précises sur leurs terres, leur permettre de détecter les problèmes avant qu’il ne soit trop tard et agir en conséquence, ainsi d’effectuer des visites régulières sur leurs terres pour contrôler la santé de leurs cultures, en sachant exactement où aller et sur quelles cultures focaliser l’attention.